Lettre D'Haiti par Syto Cave (extrait du Nouvelliste, 25 Avril 2001)
Il est deux heures du matin, Pays-silence. Maison-silence. Un silence lourd de tous les maux du jour. On meurt vite ici. Une espèce de routine s'est installée dans les rues: celle de tuer. Et, à tant voir mourir des gens, nul ne semble plus s'étonner; c'est devenu presque rien. On a chacun son cercueil sous le bras. On sort ainsi tous les matins. Quand on parvient à rentrer, on bénit le ciel de se retrouver chez soi. On se dit que c'était pas son tour aujourd'hui, mais celui d'un autre qu'on connaît ou qu'on ne connaît pas. Et les funérailles se succèdent. Et les veillées se font plus brèves. Autrefois, funérailles et veillées donnaient lieu à des mondanités, de grandes parades de paroles sur Untel ou Untel, puis on buvait, chantait, pensait à la mort, la réveillait par petits bouts. Maintenant, silence. A chaque pas, silence. A chaque cadavre, silence. Coup de feu. Black-out. Silence.
Magasins et marchés publics fonctionnent quand ils peuvent, le temps qu'on s'approvisionne en prévision d'autres jours sombres, encore plus sombres. La gourde, notre monnaie locale, dégringole face à son étalon, le dollar. On importe beaucoup. On exporte très peu. Pourtant, les banques se multiplient. Les stations d'essence aussi. On ne sait pas trop comment. On le sait... mais on garde le silence. La vie, personne n'y croit vraiment. Il n'y a plus de vraie mise sur la vie. Malgré tout, les gens se marient et font des enfants; par routine, sans doute, c'est leur dernière façon de se montrer, de se démontrer qu'ils sont encore vivants, ou de faire semblant: semblant d'être mariés, semblant d'avoir des enfants; semblant de fêter; mais il n'y a pas de vrai rire ni non plus coeur à la fête. Très vite, un cadavre refroidit l'atmosphère, celui d'un proche, de quelqu'un d'autre. Alors, tout se fait austère. On redevient triste, lourd et sérieux. On pense à ceux qu'on aime. On pense aussi à ce qu'on hait. Et puis, silence. Pays-silence.
Il est cinq heures du matin. Le café me tient en éveil. Aller de ce silence vers quelle page d'écriture? Rentrer et sortir. Ecrire. Il me semble qu'il y a des choses, d'aveugles choses à me porter d'ici au dire, à me demander d'être déportées, de former à elles seules leur îlot de mots ou, peut-être, un monstre du littoral. Je me soumets au fracas qu'elles créent en moi. Je me souviens d'une tante que j'ai beaucoup aimée, et dont quelques lettres me sont restées. Chose étrange, je retrouve à travers la figuration graphique de ses phrases, non seulement l'unité, la cohérence d'une posture mentale, mais aussi ses caractéristiques physionomiques et son allure physique, cette manière tout à elle d'aller d'une pièce à l'autre, le bruit sourd de ses pas dans le couloir qui mène à sa chambre. Elle avait 83 ans.
Elle est morte à la suite d'un coup de couteau qu'un zenglendo, ce nouveau genre d'assassins qui courent les rues ici, lui planta dans le dos. La relisant, je me dis que la mort a fait d'elle une phrase interrompue, cette longue phrase qu'elle avait encore à nous dire sur la vie. Il fut en temps où la vieillesse était sacrée. On la vénérait. On l'écoutait parler ou chanter à voix basse ses airs passés. Elle tissait des ponts entre les générations.
Aujourd'hui, tout s'effondre. Ce pays qu'on appelait Haïti-Thomas est malade. Je l'aime pourtant. J'aime ses rues, ses montagnes blessées, ses maisons vétustes, ses matins de pluie et ses midis canailles; maisons et rues de mes pas, de mon corps, livres jaunis de ma vie; et puis ces vieux lampadaires, encore cachés quelque part, dans une ville natale, devenue imaginaire. J'y entoure souvent, avec les syllabes de l'enfance, le son; voix cassées de vieilles femmes mêlées la nuit à la clameur des vagues; paroles proches de rues lointaines; en aube humaine; et je me dis que ça aussi constitue ma patrie, la première, l'affective patrie, l'élective terre de l'enfance et du coeur chère à tant d'écrivains.
Il y a cependant l'autre partie, l'autre terre, la vraie que j'ai maintenant sous les yeux. Je m'y attache tout autant, et désespérément, cherchant encore, je ne sais plus qui ni quoi. Je me redis ce vers qu'écrivit mon ami Richard Laforest en 1969, un matin d'hiver à Montréal "...et moi, je me promène dans les rues haïtiennes, gommant l'exil".
Je garde certes profondément en moi l'assurance que ce pays est proche, possible. Il le doit à sa mémoire, à la nôtre, comme nous lui devons aujourd'hui l'urgence d'une renaissance.
St. Domingue to invade the United States...
On May 23, 1799, Edward Stevens, Consul General of the USA to the French colony of St. Domingue (now called Haiti) wrote to General Thomas Maitland, Commander in Chief of the British Expeditionary Force to the same colony, warning him that the British colony of Jamaica, along with the United States of America, was in danger of invasion by the armed forces of St. Domingue under the command of General Toussaint Louverture. The paragraph relating to the threatened invasion reads:
"The Agency of St. Domingue had received positive orders from the Executive Directory to invade both the Southern States of America and the Island of Jamaica. Gen. Toussaint Louverture was consulted on the best mode of making the attack."
General Maitland did not burst out laughing at the notion that the Negro army of Toussaint Louverture might invade the American continent. A British army of 20,000 well-trained and excellently equipped soldiers had been decisively defeated by Toussaint Louverture, and Maitland had orders to evacuate. Nor did the American Secretary of State, Timothy Pickering, regard the matter as a joke. Stevens wrote: "His [Toussaint Louverture's] army amounts to 55,000 men, of which 30,000 are of the line and disciplined. The remainder are militia."
This, for the New World, was a formidable army. The largest force Washington ever commanded had not exceeded 20,000 men.
Since in 1812 the British did not find it difficult to land an army in the United States, there is reason to believe that with the aid of the French fleet Toussaint could have done the same. He might have proved to be a more formidable adversary than the British, since thousands of plantation slaves undoubtedly would have joined him. The invasion plan included seizure of all ships in Haitian waters for use as transports. The American Government took the matter sufficiently to heart to forbid American ships to depart for Haitian ports. However, while the French Directory desired Toussaint to invade the United States and Jamaica, he himself had no inclination to do so. He was far more interested in gaining independence from France. Hence, on June 13, 1799, he made a secret treaty with Great Britain and the United States, in which appears this clause: "No expedition shall be sent out against any of the possessions of his Britannic Majesty and of the United States of America."
Toast of an Englishman Official, John White, in Cap-Henry (Cap-Haitien) on August 15, 1816
Gentlemen, I am an Englishman and accustomed to express my feelings freely. I have seen all the sovereigns of Europe and the troops of all nations. I have observed the laws and customs of the people of all countries I have visited. Well, gentlemen, I can honestly say this: I have seen the King of Haiti at the head of his troops; I have examined the richness of the uniforms, the bearing and discipline of the Haitian army; I have observed the morals and studied the laws of this country. And I have not seen anywhere in Europe any Sovereign of better presence, any troops better dressed or better disciplined, nor any better order, regularity and justice than in this Kingdom. In your present situation, gentlemen, you need fear no enemy -- you are invincible!